"Modèles de l’Institut Pasteur : des prévisions sans doute trop alarmistes"

, par  J.G.
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« Le Conseil scientifique et le gouvernement s’appuient entre autres sur les prévisions établies par l’Institut Pasteur, concernant l’évolution de l’épidémie de Covid-19. Si ces dernières ne sont pas publiques (les données et conclusions sont uniquement transmises aux pouvoirs publics), elles peuvent néanmoins être citées par le ministère de la Santé lors de ses conférences régulières, détaillant notamment les nouvelles mesures de restriction destinées à freiner la circulation du virus.

Gouverner, c’est prévoir…le pire ?

Mais, comme souvent les modélisations épidémiques, les prévisions de Pasteur sont apparues trop alarmistes.

Ainsi, à la mi-octobre, l’Institut envisageait la saturation des capacités de réanimation dans plusieurs régions, ce qui n’est heureusement pas aujourd’hui la situation constatée.

Pasteur concède avoir insuffisamment pris en compte le tassement de l’épidémie intervenu à partir de la mi-septembre.

Dans beaucoup de régions, ça s’est fortement tassé. Il y a encore des régions comme l’Ile-de-France ou les Hauts-de-France qui continuent à voir leur nombre d’hospitalisations et d’admissions en réanimation doubler en moins de trois semaines. Et si l’objectif est de ne pas dépasser 30% - 50% de lits de réanimation pour Covid-19, afin de laisser de la place aux autres patients, les dynamiques observées dans une majorité de régions restent problématiques” explique, au Parisien, Simon Cauchemez, épidémiologiste spécialisé en modélisation mathématique à l’Institut Pasteur.

Cependant, la reconnaissance des imperfections des modèles ne suffit pas et certains observateurs interrogent de plus en plus la pertinence pour les décideurs de les mettre en avant.

Prévisions « farfelues »

Si les responsables sont suffisamment modestes pour dire et insister sur le fait qu’il s’agit d’un scénario catastrophiste et ne pas montrer que celui-ci, cela me dérangerait beaucoup moins. Ces modélisations ne sont pas fausses mais il y a parfois un manque de prudence dans les éléments de langage” juge le Pr Antoine Flahault, directeur de l’Institut du Globe à l’université de Genève. “On ne peut pas prévoir la situation un mois et demi à l’avance, c’est totalement farfelu” poursuit-il avant de rappeler “les prévisions les plus sombres sont toujours fausses”.

A distance, Simon Cauchemez lui répond et estime que les projections, qu’elles se confirment ou non “peuvent aider à mieux anticiper et à comprendre pourquoi il est important de ralentir la circulation du virus dans la population, en changeant nos comportements ou en mettant en place des mesures de contrôle additionnelles” !

Quoi qu’il en soit il explique à Libération avoir, avec ses équipes, changé ses modes de calcul : “pour mieux prendre en compte l’aspect très évolutif, les dernières modélisations s’appuient désormais, et notamment, sur les données des quatre dernières semaines, des trois dernières semaines, mais aussi des deux dernières semaines. Dans les prochains travaux, on regardera peut-être même ce qu’il se passe sur la dernière semaine, pour avoir un signal précoce (…). Il y a une tension entre regarder une période très courte, avec le risque que tout change très vite, et la volonté de prendre des périodes plus longues, avec le risque de ne plus être assez réactif”.

Sur cette base, il a livré une nouvelle modélisation aux autorités, qui, selon les happy few qui ont pu les consulter prévoit 2 000 lits de réanimation occupés par des cas de Covid à la mi-novembre contre 5 000 auparavant… »

Source : X.B., Journal International de Médecine, 12 octobre 2020.


VIDÉO, en résumé... :


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