Manolis Glezos ou la liberté, y compris celle de vivre et de mourir

, par  Angelos Abazoglou, Tribune libre
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« Pourquoi je continue ? Pourquoi je lutte encore aujourd’hui à 92 ans et 2 mois ? Vous pensez que c’est moi, Manolis Glezos, qui vous parle. Non, ce n’est pas moi. À chaque fois que quelqu’un de nous était envoyé devant le peloton d’exécution, il nous demandait de ne pas l’oublier. De s’en souvenir à chaque bonjour. De boire à sa santé à chaque fois qu’on lève son verre. C’est pour cela que je continue la lutte, que je ne suis ni épuisé mentalement, ni résigné ni cynique. Parce que l’homme qui vous parle ici, c’est tous ces hommes ».

Manolis Glezos est mort dans un monde aussi strict et menaçant que la sombre époque de l’occupation allemande avec ses nombreux interdits. Il est mort, le 30 mars 2020, dans un monde en guerre contre la mort, lui qui l’a si souvent défiée par propension à se rebeller plutôt qu’à se soumettre. À 19 ans, en mai 1941, il a volé le drapeau nazi que l’apparemment invincible armée allemande avait fièrement hissé sur l’Acropole. Il a ainsi infligé, au nom de tous les Grecs, une blessure mortelle à la mort et ouvert la porte aux convictions pour ne plus jamais la refermer derrière lui.

La mort a été battue à son propre jeu. Manolis Glezos et tous ses semblables ne peuvent plus disparaître. La satisfaction d’avoir été impliqués dans quelque chose qui en valait la peine appartient pour toujours à l’histoire de l’humanité.

Aujourd’hui, quand le désastre général de la manière capitaliste de vivre offre une opportunité à un changement de fond en comble de nos sociétés, il est essentiel de se souvenir de ces gens formidables. Il est indispensable de ne pas abandonner la lutte par peur de la puissance de ceux qui ont les armes et l’argent. Leur puissance n’est qu’apparente. Le capitalisme mondial, « autorégulé », cupide, financiarisé et sans âme ne peut pas unir les gens en une communauté durable. Notre vie ne peut être construite sur des calculs, de la concurrence et de la cruauté. Sans bonté, sans courage et sans compassion, elle n’est que mort. Pourtant, dans ce défi à tout ce qui est mauvais et malsain, rien ne nous pousse à nous embrigader dans de grandes actions prestigieuses pour prendre part au changement. De petites actions suffisent qui, multipliées par des millions de gens, pourront tranquillement devenir le pouvoir qu’aucun gouvernement ne pourra supprimer. L’héritage de Manolis Glezos et des siens est ce processus qu’aucune armée n’a su mater. Ni les dollars, ni les bombes n’ont eu raison du courage et de l’ingéniosité des paysans vietnamiens, ni de la détermination et de la patience des noirs d’Afrique du Sud, ni de la ferveur et du sacrifice des ouvriers de l’URSS. Personne n’a réussi à empêcher Manolis Glezos de se rebeller contre la tyrannie, rien ne pourra empêcher les gens d’agir quand ils auront pris conscience que leur cause est juste.

Pendant la nuit du 30 mai 1941, deux jeunes résistants grecs, Manolis Glezos et Apostolos Santas dérobèrent le drapeau nazi qui flottait sur l’Acropole, et le remplacèrent par le drapeau grec. Plaque commémorative, Acropole d’Athènes.

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