François Hollande : « Déjà, il existait des traités, on ne les soumettait pas aux peuples, pas davantage à des instances de représentation »

, par  John Groleau
Lu 1134 fois

« l’Empire, c’est la paix » Napoléon III

Traditionnellement remis le jour de l’Ascension à Aix-la-Chapelle [1], le Prix Charlemagne a été décerné cette année au président du Parlement européen, Martin Schulz, « pour son travail de promotion de la démocratie » [2]. En 2014, ce dernier avait été « le bon Allemand » candidat à la présidence de la Commission européenne [3].
Environ un mois et demi plus tard, il a fait honneur à son prix et en tant que « grand social-démocrate », il attendait la nomination d’un « gouvernement de technocrates » en Grèce en cas de victoire du oui au référendum et de démission du gouvernement [4].
Lors de la remise du prix, François Hollande a « rendu hommage au récipiendaire, “défenseur inlassable de l’idée de la démocratie” » [5] et prononça un discours insipide [6]. Dans celui-ci, un passage est à mettre en perspective avec son piétinement de la souveraineté populaire lors de la ratification du Traité de Lisbonne [7], copie du Traité Constitutionnel Européen refusé par le Peuple français en 2005 par référendum, ainsi que lors de la ratification du TSCG dit Pacte budgétaire, traité voulu par Merkel et Sarkozy qui devait être « renégocié » d’après le candidat Hollande.


Transcription écrite de ce passage :


« Ici, à Aix-la-Chapelle, c’est un lieu chargé d’histoire. Ici, chacun ressent l’esprit des origines puisque c’est à Aix-la-Chapelle qu’un monarque – dont nous partageons tous ici finalement le souvenir – un monarque qui était encore nomade en ces temps incertains, Charlemagne, qui a décidé de fixer la capitale du Premier empire où devaient coexister de gré ou de force – convenons-en – les populations européennes.

Plus que tous autres, cette ville d’Aix-la-Chapelle témoigne de la fécondité d’une grande idée, celle d’un regroupement imaginé il y a plus de 12 siècles, le regroupement d’un continent. Ce rappel historique et géographique nous invite aussi à une interrogation, à une grande question : pourquoi en dépit de cette matrice commune a-t-il fallu tant de séparations, tant de conflits, tant de haine ? Pourquoi aura-t-il fallu un millénaire entier pour que le continent trouve enfin le chemin de la réconciliation, de la concorde et de l’unité ?

Non pas qu’il n’y ait pas eu de tentative pendant tous ces siècles, non pas qu’il n’y ait pas eu des rebondissements inattendus, mais il y a eu des guerres fratricides pour finir avec les deux plus grandes tragédies meurtrières du siècle dernier. Et donc, il a fallu attendre cette hécatombe qui aurait pu engloutir à jamais l’idée européenne que pour ne plus jamais revoir ces images, ne plus jamais revivre ces catastrophes, un acte de volonté admirable fut posé.

Hommage soit rendu à celles et ceux qui ont eu cette lucidité, cette force, cette conviction. C’était sans doute un réflexe de survie, mais il fallait revenir à l’unité originelle dont Aix-la-Chapelle était le symbole pour bâtir une Union européenne.

Je reviens sur cette région qui, à l’époque, s’appelait la Lotharingie, elle était issue du traité de Verdun. Déjà, il existait des traités, on ne les soumettait pas aux peuples, pas davantage à des instances de représentation.
 » François Hollande

François Hollande pour la remise du Prix Charlemagne, Aix-la-Chapelle, 14 mai 2015

Le Prix Charlemagne a été attribué à de multiples personnalités - la liste sur le site http://www.karlspreis.de/ - depuis 1950, en particulier américaines (George C. Marshall, Henry A. Kissinger, ...) et françaises (Jean Monnet, Robert Schuman,...).

Richard Nikolaus de Coudenhove-KalergiDans son discours du 18 mai 1950, le comte Richard Nikolaus de Coudenhove-Kalergi - premier lauréat - annonça la couleur pour les années futures : « (...) le chemin qui mène à une Europe unie, de l’Islande à la Turquie comme de la Finlande au Portugal, est encore loin. Des années passeront avant que nous puissions l’atteindre. D’autant plus que nous devons mettre nos meilleurs forces au service de l’organisation strasbourgeoise afin qu’un jour tous les peuples d’Europe s’associent. (...). À ce nouveau groupe d’États qui s’étend de l’Elbe au Pyrénées, il était plus digne de le relier à l’Europe de la grande tradition et de lui donner le nom d’ “Union Charlemagne”. (...). Il s’agit ni plus ni moins que la renaissance d’un Empire carolingien selon des principes démocratiques, fédéraux et sociaux. (...). Le temps est venu de mettre un terme à l’état de guerre entre l’Allemagne et la France, non pas par un traité de paix qui conduirait immanquablement à des protestations et à des efforts de révision, mais par une constitution fédérale qui fonderait la relation franco-allemande de l’avenir sur des lois et non sur des traités. (...). Le moyen le plus adapté et le plus rapide serait la réunion d’une constituante par des élections généralisées pour élaborer une constitution fédérale. (...). La réalisation d’une fédération Charlemagne est pour cela dans les intérêts des Anglais comme des Américains. L’Union atlantique deviendrait une fédération à trois avec l’Empire britannique comme pont entre l’Amérique et l’Europe ».

Prix CharlemagneSignalons au passage que la représentation du Prix Charlemagne est basée sur le buste de Charlemagne présent dans la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, entouré des 12 étoiles du drapeau européen - de la Sainte Vierge -, et que Jean-Paul II avait reçu le Prix Charlemagne « à titre exceptionnel » en 2004...

Le drapeau européen est un emblème religieux chrétien
Buste de Charlemagne, cathédrale d'Aix-la-Chapelle

Wolfgang Schäuble, lauréat du Prix Charlemagne 2012Le lauréat du Prix Charlemagne 2012, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, avait proposé « un bouleversement des institutions de l’Union européenne, se disant favorable à ce que la Commission européenne soit transformée en un gouvernement » [8]. Le 19 juillet dernier, François Hollande a repris l’idée d’un « gouvernement de la zone euro ».

Enfin, pour mémoire, Napoléon III avait signé un traité de « libre-échange » avec l’Angleterre le 23 janvier 1860. Actuellement, le Traité transatlantique se prépare [9]. François Hollande, Jeune Leader (1996) de la Fondation franco-américaine [10], le soumettra-t-il au Peuple français ? Nous pouvons sérieusement en douter...

Article également publié par Agoravox.

Navigation

Sites favoris Tous les sites

Brèves Toutes les brèves