Omar Khayyâm et la libre pensée

, par  J.G.

- Quatrain 43 :

Viens, idole de mon coeur,

pour la paix de notre esprit

Résoudre par ta splendeur

l’énigme qui nous défie.

Vidons ensemble une amphore

avant que ces poteries

Ne soient quelque jour pétries

de l’argile de nos corps !

Omar Khayyâm (غياث الدين ابو الفتح عمر بن ابراهيم خيام نيشابوري en persan)

- Quatrain 44 :

Ah, que de siècles sans nous

le monde continuera,

Sans nul souvenir de nous

ni vestige de nos pas !

Avant notre venue rien

ne manquait à l’univers ;

Après notre heure dernière

rien non plus ne manquera.

Omar Khayyâm

- Quatrain 58 :

Ceux qui furent puits de science,

profonds esprits sans pareils,

Flambeaux de la connaissance

et de leur temps la merveille,

Ils ont erré comme nous

égarés dans la nuit sombre ;

Ils n’ont que tissé des contes,

avant l’éternel sommeil.

Omar Khayyâm

- Quatrain 64 :

Oui, nous sommes bienfaisants

plus que toi, mufti* austère,

Et plus que toi tempérants

dans notre ivresse ordinaire :

Toi tu bois le sang des hommes

et nous celui de la vigne ;

Je te fais juge, examine

lequel est plus sanguinaire.

Omar Khayyâm


*mufti : théoricien et interprète du droit canonique musulman, qui remplit à la fois des fonctions religieuses, judiciaires et civiles.

Source : Omar Khayyâm, Cent un quatrains de libre pensée (Robâïât), traduit du persan et présenté par Gilbert Lazard, connaissance de l’Orient, éditions Gallimard, 2002. Extrait de la quatrième de couverture de ce livre : "Omar Khayyâm (1048-1131) est un grand mathématicien, astronome et philosophe dont les travaux comptent dans l’histoire des sciences. La tradition a aussi conservé sous son nom un abondant recueil de quatrains poétiques. Est-il l’auteur du tout ? Sûrement pas. L’est-il seulement d’un noyau originel ? C’est possible, mais non certain. Quoi qu’il en soit, les plus anciens quatrains sont l’oeuvre d’un grand poète dont l’inspiration est étonnamment proche de la sensibilité moderne."

P.S. : Théophile Gautier dans Le Moniteur universel du 8 décembre 1867 : "Rien ne ressemble moins à ce qu’on entend chez nous par poésie orientale, c’est-à-dire un amoncellement de pierreries, de fleurs et de parfums, de comparaisons outrées, emphatiques et bizarres [...] La pensée y domine et y jaillit par brefs éclairs, dans une forme concise, abrupte [...] On est étonné de cette liberté absolue d’esprit, que les plus hardis penseurs modernes égalent à peine, à une époque où la crédulité la plus superstitieuse régnait en Europe [...] Le monologue d’Hamlet est découpé d’avance dans ces quatrains où le poète se demande ce qu’il y a derrière ce rideau du ciel tiré entre l’homme et le secret des mondes, et où il poursuit le dernier atome d’argile humaine jusque dans la jarre du potier ou la brique du maçon [...]".

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