"Les bonus des banquiers tournent à la crise politique à Londres". Par Eric Albert

, par  J.G.
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« Le directeur de Barclays a dû s’expliquer tandis que Downing Street tente d’expliquer son laisser-faire.

La question des bonus des banquiers se transforme à nouveau en crise politique en Grande-Bretagne. Après une matinée où les députés ont passé sur le grill le patron de Barclays, Bob Diamond, le gouvernement britannique a été forcé de se défendre à la Chambre des communes sur son attitude jugée trop laxiste par l’opposition sur le sujet.

L’opposition travailliste a posé une “question urgente” au parlement, s’étonnant des propos de David Cameron, qui affirmait dimanche ne pas pouvoir faire grand-chose pour arrêter les bonus. Le premier ministre britannique soulignait en particulier qu’il fallait faire attention à ne pas endommager les banques britanniques.

Pourparlers en cours

George Osborne, le chancelier de l’Echiquier, a tenté de s’expliquer au nom du gouvernement. Il affirme qu’il est “en discussion avec les banques pour voir s’il peut trouver un accord”. Il demande deux choses aux instituts financiers : d’une part de payer “des bonus inférieurs à ce qu’ils auraient normalement fait” et d’être plus transparents sur le sujet ; d’autre part de s’engager à augmenter leurs prêts aux entreprises et aux particuliers britanniques. L’opposition n’est pas impressionnée, et demande de réinstaurer pour un an la taxe exceptionnelle de 50% sur les bonus (en place l’an dernier).

Avant le débat à la Chambre des communes, le comité parlementaire au Trésor avait reçu Bob Diamond, le nouveau directeur général de Barclays. L’un des banquiers les mieux payés au monde – il a empoché environ 100 millions de francs [suisses] en cash et actions sur les quatre dernières années (son nouveau salaire peut atteindre un maximum de 17,5 millions de francs par an, dont 60% en bonus de long terme).

Pendant deux heures et demie, les députés ont tenté de le déstabiliser. Mais Bob Diamond n’a pas craqué et a refusé de renoncer publiquement à son bonus cette année. “C’est une décision personnelle, que je prendrai en concertation avec ma famille”, répond Bob Diamond, qui rappelle qu’il a l’an dernier renoncé à son bonus.

Sa défense consiste à avertir des dangers découlant des limitations sur les fortes rémunérations. “On ne peut pas isoler les bonus et dire que cela n’aura pas de conséquences.” Selon lui, cela ferait fuir les banques hors du Royaume-Uni et cela affaiblirait la reprise économique, en réduisant les prêts. “On peut choisir de ne pas avoir de banques d’investissements au Royaume-Uni, mais je ne crois pas que ce serait à l’avantage du pays.” Il précise cependant qu’il n’a pas l’intention de déménager le siège de Barclays aux États-Unis, contrairement à d’insistantes rumeurs.

Le comité parlementaire n’a pas caché son scepticisme sur sa ligne de défense. “Comment expliquer qu’un banquier ait besoin d’un tel bonus, contrairement aux infirmières ou aux chirurgiens ?” a lancé un député. “Vous ne risquez pas votre chemise, n’est-ce pas ?” a ajouté un autre. “Vous avez parié, et vous avez gagné, mais nous avons tous perdu” a attaqué un troisième.

Toujours très calme, Bob Diamond n’a rien lâché, répétant systématiquement l’importance de maintenir un système bancaire “compétitif” en Grande-Bretagne. Il a conclu sur un appel à tourner la page : “La période de remords et des excuses de la part les banques devrait être terminée.” Visiblement, la classe politique britannique ne l’entend pas de cette oreille. » Eric Albert

Article d’Eric Albert, letemps.ch, le 12/01/11.

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