Quand le jury de l’ENA découvre l’eau chaude

, par  André Bellon
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Nous avons découvert sans stupeur le rapport du jury du « prestigieux » concours d’entrée à l’ENA. Celui-ci s’inquiète de l’incapacité des aspirants énarques à produire une réflexion originale, voire à penser par eux-mêmes…

On ne saurait que se féliciter de cette découverte de l’Amérique…si elle n’avait été découverte depuis longtemps. Car il faut être bizarre, ou résolument naïf, pour demander que les énarques soient anticonformistes.

Dans l’imaginaire le plus répandu, les énarques sont les dirigeants potentiels du pays. Or, qu’ont montré les dirigeants réels depuis des années, sinon un conformisme appuyé ? Pourquoi diable ceux qui aspirent à les remplacer se risqueraient-ils à les critiquer ? Et pourquoi le jury sélectionnerait-il ceux qui représentent un risque pour l’ordre établi ?

Dans la réalité institutionnelle, les énarques sont les cadres de haute fonction publique, ce qu’on appelle les grands commis de l’État. Qu’on sache enfin regarder en face le problème : que signifie être un grand serviteur de l’État alors que le discours dominant en France, en accord avec Bruxelles, critique en permanence l’État, alors que la notion même de démocratie républicaine, qui a fait la force de la nation est perpétuellement stigmatisée, traitée de populiste ou autres noms d’oiseaux.

Certes, le problème ne saurait se limiter à la sphère de l’ENA. Il concerne l’ensemble de la formation de très haut niveau qui demande plus des serviteurs zélés que des individus portés à l’analyse. L’esprit critique peut-il être enseigné ? En tout cas, on peut chercher à le valoriser. Sinon, une fois de plus, pourquoi s’inquiéter des conséquences lorsque tout est fait pour s’accommoder des causes ?

Article également publié par Agoravox.

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