Riposte à la campagne en cours sur « la gauche (quelle “gauche” ?) qui collaborait » et « l’extrême droite qui résistait » sous l’Occupation

, par  Annie Lacroix-Riz, Tribune libre
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Une vaste campagne audiovisuelle et éditoriale est en cours sur « la gauche (quelle “gauche” ?) qui collaborait » et « l’extrême droite qui résistait » sous l’Occupation. Elle a été récemment marquée, entre autres, par un « documentaire » dirigé par Simon Epstein, publiciste israélien volontiers présenté comme « historien », mais dont les ouvrages ne s’appuient que sur des travaux de seconde main (https://fr.wikipedia.org/wiki/Simon_Epstein).

Le documentaire, « Quand l’extrême droite résistait, quand la gauche collaborait », que vous trouverez aisément sur la Toile, associe deux historiens français, Olivier Wieviorka, spécialiste de la Résistance présentée comme d’usage militaire nul, en France et dans toute l’Europe occidentale, les troupes anglo-américaines ayant libéré la future zone d’influence américaine sans réel besoin de ce modeste « bonus » national (https://fr.wikipedia.org/wiki/Olivier_Wieviorka), et Pascal Ory, auteur d’un ouvrage consacré à la littérature collaborationniste Les Collaborateurs, 1940-1945, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points. Histoire » (n° 43), 1980 (1re éd. 1977), époque depuis laquelle la Deuxième Guerre mondiale est sortie de son champ de recherche (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pascal_Ory).

Ces deux derniers historiens, qui, comme M. Epstein, travaillent essentiellement sinon exclusivement sur la base de l’imprimé, négligent les sources originales. Ils insistent énormément dans le « documentaire » sur l’apport de la « gauche » à la Collaboration, sans oublier de revenir sur le thème des communistes devenus complices objectifs, voire subjectifs, des nazis entre la signature du pacte germano-soviétique du 23 août 1939 et de l’agression allemande contre l’URSS. Thème solidement inscrit dans la doxa de l’historiographie dominante, mais strictement infirmé par les sources, comme il ressort de celles que j’ai consultées pour rédiger De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, Paris, Armand Colin, 2008, et Les élites françaises, 1940-1944. De la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance américaine, Paris, Dunod-Armand Colin, 2016, précisions que je fournis parce que l’intervention qui suit ne traite pas de cet aspect des choses.

Cette intervention sur Radio Galère s’efforce d’éclairer ce qui fut, avant la Collaboration ouverte des quatre années d’Occupation, le ralliement en rase campagne, bien antérieur à juin-juillet 1940, de cette prétendue « gauche » au grand capital français et aux amis et alliés allemands de ce dernier. Ce ralliement, ignoré des militants et des électeurs de gauche, lui avait fait d’emblée perdre sa qualité de « gauche », autant que l’achat, visible dès l’automne 1914, du gauchiste du parti socialiste italien Mussolini, directeur de l’Avanti !, officiellement opposé à la guerre en juillet, par le grand capital italien, avec en tête « Esterle (Edison), Bruzzone (Union sucrière), Agnelli (Fiat), Perrone (Ansaldo), Parodi (armateurs) » (Renzo De Felice, Mussolini il rivoluzionario, Einaudi, 2005, p. 277), ces financiers ayant grand besoin d’actifs et efficaces propagandistes de « gauche » pour faciliter l’entrée en guerre d’une Italie au peuple très réticent à rejoindre la boucherie (je recommande vivement le texte et la bibliographie de la fiche italienne Wikipedia relative à Mussolini,
https://it.wikipedia.org/wiki/Benito_Mussolini « Mussolini devient interventionniste et se fait expulser du PSI »). La fiche française, avec pour quasi seule référence la biographie de Pierre Milza, est d’une discrétion de violette sur ces vulgaires histoires d’argent (https://fr.wikipedia.org/wiki/Benito_Mussolini), selon les bonnes habitudes de l’historiographie bien-pensante (les fiches historiques françaises relèvent souvent du scandale, la mienne incluse). Qui qualifie aujourd’hui le fondateur du fascisme d’homme de gauche ?

Il sera aussi question dans ce qui suit de ce qu’il faut entendre par « vichysto-résistance » de la droite et de l’extrême droite, si intimement mêlées dans l’entre-deux-guerres, ou par « nationalisme » germanophobe de Maurras.

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