Débarquement prochain de la « world company » en Côte d’Ivoire

, par  J.G.
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Alassane Ouattara, ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), prépare l’avenir...


« ADO a sollicité les cinq grands cabinets d’audit et de conseil de la place (KPMG, Deloitte, Ernst&Young, Auditeurs associés, PricewaterhouseCoopers) pour réaliser le diagnostic des 43 sociétés publiques, dont certaines sont promises à une privatisation dans les douze prochains mois. Il a annoncé en juillet qu’il voulait réduire de 25% le portefeuille de l’État. Pétrole, services, banques… Les capitaux de plusieurs fleurons de l’industrie devraient être ouverts. “Il y a une volonté manifeste de faire l’inventaire de l’existant et de se projeter vers le futur en faisant appel à des groupes répondant aux normes internationales”, explique Jean-Luc Ruelle, de KPMG.

"World company"

Dans les milieux d’affaires, on ironise déjà à propos du débarquement prochain de la « world company » sur la lagune. En réalité, les présidents successifs du pays ont toujours invité les groupes étrangers à opérer en Côte d’Ivoire. Mais ADO, lorsqu’il était Premier ministre de 1990 à 1993, a accéléré le mouvement de libéralisation, en confiant notamment la concession de l’eau et de l’électricité au français Bouygues. Depuis sa prise effective du pouvoir en avril, il a manifesté sa volonté de renforcer la coopération avec les entreprises françaises.

Total et Bouygues ont prévu d’intensifier leurs prospections dans les hydrocarbures d’ici à la fin de l’année. Vincent Bolloré, malgré son soutien à Gbagbo lors de la campagne, a sauvé sa concession portuaire et lorgne celle de l’île Boulay avec appétit. Carrefour est en pourparlers avec les nouvelles autorités pour une entrée dans la distribution. Auchan s’intéresse aussi aux potentialités du marché ivoirien. Dans le BTP, Sogea-Satom va installer prochainement un bureau à Abidjan. Un secteur très concurrentiel où opèrent d’autres sociétés françaises, comme Sibagec et Sud Constructions, ainsi que Pierre Fakhoury Operator, au capital belgo-ivoirien.

Le Premier ministre français, François Fillon, en visite à Abidjan en juillet, a annoncé l’annulation prochaine de 1 milliard d’euros de dette bilatérale et la reconversion de 2 milliards en contrat de désendettement et de développement. De quoi favoriser un retour en force des entreprises hexagonales –il y a déjà 140 filiales de grands groupes et 500 PMI-PME en Côte d’Ivoire–, qui comptent se positionner sur les projets de reconstruction et les secteurs les plus dynamiques.

Mais ADO souhaite aussi diversifier ses partenariats, jouant de son carnet d’adresses international. Il a déjà effectué des déplacements aux États-Unis, au Ghana et au Nigeria –premier partenaire commercial devant la France–, puis reçu son ami Stanley Fischer, gouverneur de la Banque centrale d’Israël. Les Marocains, qui mènent une politique agressive en Afrique subsaharienne, étudient aussi les potentialités du marché ivoirien. Attijariwafa Bank a racheté en 2009 la Société ivoirienne de banque, et Addoha prévoit d’investir 20 milliards de F CFA dans une cimenterie. Le déficit en habitations est tel, en Côte d’Ivoire, que les autorités vont prochainement lancer un programme de 300 000logements sociaux, autre secteur où le groupe marocain intervient.

Dans le négoce du café-cacao, les américains Cargill et Archer Daniels Midlands, le suisse Barry Callebaut et l’anglais Armajaro devraient garder la mainmise sur les exportations. Le singapourien Olam, déjà présent dans l’anacarde, l’huile de palme, le coton et le cacao, cherche à se positionner sur des nouveaux marchés et à racheter des sociétés locales. Son PDG, Sunny Verghese, sera à Abidjan début septembre. Dans le domaine des franchises, les choses devraient également bouger. La chaîne Hippopotamus a ouvert récemment un restaurant dans le quartier du Plateau, et l’arrivée de McDonald’s est annoncée.

Dans l’énergie, le ministre Adama Toungara finalise actuellement sa stratégie de valorisation des ressources nationales. Il devrait mettre aux enchères de nouvelles concessions pétrolières. Il étudie aussi le secteur des mines, où le sud-africain Randgold et l’indien Tata Steel ont récemment fait leur entrée. Des avantages fiscaux sont proposés aux entrepreneurs voulant investir dans le nord du pays. Mais, pour l’instant, les ex-seigneurs de guerre, intégrés progressivement dans la nouvelle armée, ont toujours le contrôle des ressources. Au Nord comme au Sud, la plupart des investisseurs restent prudents en raison de l’insécurité et des tensions politiques. Le réel décollage de l’économie ne devrait avoir lieu qu’après la tenue des législatives, promises avant la fin de l’année. » Pascal Airault

Extrait de l’article, Côte d’Ivoire : des barons en chassent d’autres, de Pascal Airault publié par jeuneafrique.com le 30/08/11.

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