Un grand merci à Stéphane Hessel en forme d’hommage

, par  Florence Gauthier

Stéphane Hessel vient de publier un petit texte qu’il faut connaître : Indignez-vous !, Paris Indigène éditions, 2010. Un manifeste pour un changement de ton, un appel à la résistance « à la consommation de masse, au mépris des plus faibles et de la culture, à l’amnésie généralisée et à la compétition à outrance de tous contre tous » (p. 22).

Résister à l’offensive actuelle qui étouffe la faculté de penser librement, humainement, en l’orientant dans le sens d’une innovation sans autre but que l’innovation, parée du prestige des sciences et des techniques auxquelles on attribue le seul progrès possible.

Stéphane Hessel a ouvert son texte avec le tableau de Paul Klee, Angelus Novus (1920), qu’il commente ainsi :

« Les progrès faits par la liberté, la compétition, la course au « toujours plus », cela peut être vécu comme un ouragan destructeur. C’est ainsi que la représente un ami de mon père, l’homme qui a partagé avec lui la tâche de traduire en allemand A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. C’est le philosophe Walter Benjamin. Il avait tiré un message pessimiste d’un tableau du peintre suisse, Paul Klee, l’Angelus Novus, où la figure de l’ange ouvre les bras comme pour contenir et repousser une tempête qu’il identifie avec le progrès. Pour Benjamin qui se suicidera en septembre 1940 pour fuir le nazisme, le sens de l’histoire, c’est le cheminement irrésistible de catastrophe en catastrophe » (p. 13).

Paul Klee, Angelus Novus, 1920

Paul Klee, Angelus Novus, 1920


Ce passage nous invite à ouvrir les Thèses sur la philosophie de l’histoire de Walter Benjamin (in Essais, 2, 1935-1940, Médiations, p. 200) et de lire la neuvième :

« Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus. Il représente un ange qui semble avoir dessein de s’éloigner du lieu où il se tient immobile. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Où se présente à nous une chaîne d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle un ouragan qui s’est pris dans ses ailes, si fort que l’ange ne les peut plus refermer. Cet ouragan le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que, jusqu’au ciel, devant lui s’accumulent les ruines. Cet ouragan est ce que nous appelons le progrès. »

Mais n’hésitez pas, il faut lire toutes ces thèses sur la philosophie de l’histoire parce qu’elles s’éclairent en se développant et le texte est court et ramassé. Il fait lien avec celui de Stéphane Hessel comme deux moments distincts, qui sont entrés dans la constellation de la résistance à l’oppression, dont notre moment actuel a grand besoin.

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