Georges Clemenceau le dreyfusard

, par  J.G.
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« Le 17 septembre, alors même qu’on annonce la démission de Zurlinden et son remplacement par le général Chanoine - on imagine ce qu’un tel patronyme pouvait inspirer au polémiste de L’Aurore -, Clemenceau écrit un article au vitriol contre le président de la République, “Monsieur Félix” :
“Il savait que la loi avait été violée dans l’affaire Dreyfus, et il avait si peu conscience des responsabilités encourues par ce crime qu’il l’avouait dans le particulier, entre deux bouffées de cigare. Quand la question fut soulevée, sa pauvre cervelle bouffie de vanité bourgeoise n’eut de place que pour une pensée : il faut venir au secours des violateurs de la loi. Ainsi, grâce à lui, fut déchaînée la crise mortelle qui n’a d’analogie dans l’histoire d’aucun peuple de la terre. Le représentant suprême de l’ordre légal en France devint le centre de résistance à la légalité. Son inintelligence naturelle, aggravée par la terreur de certaines révélations dont on le menaçait du côté de la Boulange antisémite, lui fit trouver la chose toute simple. Seulement, comme tout sentiment de droiture lui est étranger, comme le ridicule mélange de snobisme et de fausse bonhomie qui le caractérise est d’un fourbe assez bas, il laissa croire à ses propres ministres qu’il demeurait neutre et se contenta de soutenir en sous-main les mensonges d’un Billot.”
Le suicide d’Henry l’a-t-il changé ? Non point. Monsieur Félix a su imposer Zurlinden à Brisson : “Un maître-tour de cafard pour désorganiser le ministère en acte de révision, jeter Brisson à bas et se donner la chance d’un cabinet de complices, pris au hasard des sous-Billot et des sous-Méline qui pullulent. Brisson d’abord faiblit. Nous ne le savons que trop. L’arrestation de Picquart, pour avoir dit vrai, fut une infamie, et, s’il est condamné, ce sera l’éternel déshonneur de ceux qui auront trempé dans cette honte. Brisson, pourtant, finit par ouvrir les yeux, et la fourberie de Félix Faure fut tout à coup démasquée. Car la révision que Brisson a résolu de faire, c’est la révision au grand jour, dont les intéressés, pour raisons trop connues, ne veulent à aucun prix ; au premier rang, Sa Majesté Félix, effaré de la vérité venue, comme les bêtes de nuit devant le soleil.” » Michel Winock

Source : Clemenceau de Michel Winock, éditions Perrin, 2007.

D’après Michel Winock, Clemenceau « aura écrit quasiment chaque jour un article sur l’Affaire. Sept volumes les réuniront, de L’Iniquité à La Honte, entre 1899 et 1903, chez l’éditeur Pierre-Victor Stock, un autre dreyfusard ».

Dreyfus est innocent. Les défenseurs du droit, de la justice et de la vérité. 1898. Imprimerie E. Charaire, Sceaux.

Quintidi 25 Messidor an CCXVIII

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