"Le banquier de Bettencourt est un avocat genevois". Par Élisabeth Eckert

, par  J.G.
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« Genevagate - La fortune personnelle de l’héritière de L’Oréal était gérée par un avocat d’affaires de Genève. C’est avec lui que traitaient le gérant de fortune de Liliane Bettencourt et sa subordonnée, Florence Woerth.

Patrice de Maistre : “Est-ce que vous voulez me faire un cadeau ? Si vous voulez faire quelque chose, il faudrait que ce soit en Suisse, pas ici. Et ça me permettra d’acheter le bateau de mes rêves.”
Liliane Bettencourt : “Très bien. Alors comment fait-on ?
Il faut que je voie comment faire revenir de l’argent ici.
De Suisse ?
Voilà ! Qu’on vous le donne et qu’après vous puissiez me le donner.
Vous savez combien j’ai là-bas ?
Je crois que vous avez 60 ou 80 millions d’euros.”
Cette conversation incroyable entre le financier de l’héritière de L’Oréal, Patrice de Maistre, et son “employeuse”, Liliane Bettencourt, s’est déroulée à la fin d’octobre 2009 et figure dans les vingt-deux heures d’enregistrements réalisés par l’ex-majordome de la milliardaire. Le 14 décembre 2009, on apprend que Patrice de Maistre a reçu cet argent – 300 000 euros en liquide – par les soins de Me M., qu’il décrit comme “étant le banquier suisse” de Mme Bettencourt.

Me M., l’avocat écran

Me M. – que nous avons tenté d’atteindre hier, mais “qui sera totalement injoignable au moins jusqu’à la fin du mois de juillet”, selon son étude – est un avocat d’affaires genevois de grande expérience. Via son cabinet d’avocats, qui a pignon sur rue, tout près du Grand Théâtre, il siège actuellement dans 24 conseils d’administration, trois conseils de fondation et est habilité à signer dans 27 sociétés anonymes ou Sàrl.
La piste genevoise entourant la fortune de la première fortune de France – entre 16 et 20 milliards d’euros – se voit chaque jour renforcée. “La Suisse, affirme ainsi à L’Illustré Me Antoine Gillot, l’avocat parisien du majordome “espion”, est un élément important dans toute l’affaire Bettencourt. C’est là qu’a été mis en place un montage complexe qui permet de faire écran.” Un avocat d’affaires transformé en banquier, qu’est-ce à dire ? On se retrouve là au cœur de ce qui constitue la place financière genevoise. “Il existe quelques avocats à Genève dont la principale, voire l’unique activité est d’ouvrir des comptes bancaires pour des tiers, au nom de fondations, de trusts ou de sociétés anonymes, et qui en détiennent la signature, nous explique un familier du dossier. Un seul de ces avocats peut ainsi avoir la signature pour des milliers et des milliers de comptes. Ils sont une sorte d’écran entre la banque et l’ayant droit économique du compte.”
La fonction – tout à fait légale aux yeux de la loi helvétique – de ces hommes de loi est également de fonctionner comme un family office, c’est-à-dire qu’ “outre la gestion des actifs d’une personnalité très fortunée ou d’une famille tout entière, ils envoient des fonds que leur demandent leurs clients, paient l’achat d’un immobilier, paient l’écolage d’une école privée ou louent pour eux un yacht”, continue notre interlocuteur.

“Les patrons de L’Oréal sont tous en Suisse !”

C’est donc tout naturellement à Me M. que Florence Woerth, gérante de la fortune de Liliane Bettencourt depuis 2007, avait affaire. Son supérieur au sein de la société financière Clymène, Patrice de Maistre, affirme lui aussi dans les fameux enregistrements qu’il “voit régulièrement” l’avocat d’affaires genevois. La ligne Paris-Genève fonctionne visiblement à merveille…
Enfin, Me M. – qui a siégé au conseil d’administration de L’Oréal Produits de luxe Suisse jusqu’en août 2009 – et un autre de ses confrères sont des familiers de longue date du groupe de cosmétique, contrôlé à 31% par la famille Bettencourt et à 29% par Nestlé. Selon notre source, “ces deux avocats s’occupaient, par exemple, aussi des intérêts financiers de feu François Dalle”, ancien directeur général du groupe L’Oréal.
Comme le déclare André Gadaud, ambassadeur de France à Berne entre 1996 et 2000, “les patrons de L’Oréal sont tous en Suisse. Par exemple, M. François Dalle, ex-directeur général aujourd’hui décédé, résidait à Genève.” » Élisabeth Eckert

Article publié par tdg.ch le 09/07/10.

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