"Délocalisation à fonds publics chez Trèves la preuve !" Par Thomas Lemahieu

, par  J.G.
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« L’Humanité produit un document qui établit le transfert en Roumanie des productions de PTPM, malgré 55 millions d’euros d’aides publiques. Le gouvernement aura aidé le groupe Trèves à détruire son outil industriel en France.

Aÿ (Marne), envoyé spécial.

“L’État est prêt à tout faire pour sauver l’industrie automobile, promettait Nicolas Sarkozy le 4 décembre 2008. Mais je ne suis pas d’accord pour aider des entreprises qui continueraient de délocaliser leurs activités à l’étranger ou qui pousseraient leurs fournisseurs à se délocaliser. Il n’y aura pas de sauvetage ni dans l’automobile, ni ailleurs, sans contrepartie ; il n’y aura pas d’aide sans engagement à ne plus délocaliser. Et ces engagements, je vous garantis que l’État les fera respecter.” Entre les discours et les actes, il y a souvent, un gouffre. Pour en sonder la profondeur, rien de tel qu’aller à Aÿ dans la Marne pour rencontrer les 130 salariés de PTPM, une filiale de l’équipementier automobile Trèves, dernier site en France spécialisé dans le “foamage”, un procédé inventé sur place et breveté dans les années 1960 qui permet d’encoller la mousse et les tissus pour les sièges de voitures.

Ce qui leur arrive ne devait pas arriver. Fin 2008, le gouvernement Fillon vantait son “code de performance et de bonne conduite pour la filière automobile” prévoyant notamment la “renonciation à la fixation d’objectifs minimaux de délocalisation dans les pays à bas coût” ; Nicolas Sarkozy lançait ce qu’il présentait comme son “arme anticrise”, le fonds stratégique d’investissement (FSI) dont une branche sectorielle, le fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA), servirait à aider les groupes comme Trèves – “équipementier de rang 1”, considéré comme “stratégique” par les constructeurs français (PSA et Renault) et disposant d’un “outil industriel majoritairement situé en France” – à affronter sans casse cette mauvaise passe. C’est d’ailleurs à Trèves que, fin février 2009, le FMEA consacre son premier “investissement”, une aide publique de 55 millions d’euros. Las !

UN AN DE LUTTE

Depuis un an jour pour jour, ce 10 avril, comme leurs cousins de Sodimatex à Crépy-en-Valois dans l’Oise (lire ci-contre), les salariés de PTPM se bagarrent contre le projet de fermeture de leur usine. Et ils vont de (mauvaise) surprise en (mauvaise) surprise. Pendant des mois, les hauts responsables de Trèves comme ceux de Bercy (lire nos éditions du 4 et du 6 novembre 2009) ont justifié la restructuration et le transfert hors de France des productions de PTPM avec des fonds publics, mais en arguant que les “délestages” d’activités se faisaient au Portugal et en Espagne, au sein de l’Europe occidentale donc, et qu’il était, dès lors, impropre de parler de délocalisation. Mais voilà qu’aujourd’hui les salariés d’Aÿ apprennent que, contrairement à toutes les “informations” contenues dans les documents officiels remis à leurs représentants au comité d’entreprise, leurs pièces n’ont pas du tout été transférées dans l’usine Trety, à Maçanet de la Selva, en Espagne (lire page 3), et presque pas dans l’usine portugaise Trecar, non loin de Porto, mais qu’une bonne partie d’entre elles est en fait fabriquée en Roumanie, à Curtici, une petite bourgade proche de la frontière avec la Hongrie, chez Trevertex, une filiale montée en décembre 2008 dont le rendement augmente de manière spectaculaire depuis l’annonce de la fermeture de PTPM.

MENSONGE D’ÉTAT

Un détail ? Un scandale, oui, car la délocalisation vers un pays incontestablement low cost devait manifestement rester discrète. Devant les syndicalistes, la direction tente maintenant, contre l’évidence, de minimiser l’affaire et évoque des “essais” limités à un véhicule Logan construit sur place. Pour Stéphane Levasseur, secrétaire adjoint CGT du CE de PTPM, cet argument est intenable. “Ils ont peut-être fait des essais entre janvier et mars 2009, avec des quantités limitées de produits, mais, à partir d’avril 2009, la montée en puissance est visible et c’est une production en bonne et due forme avec, au total, près de 850 ?000 mètres linéaires de produits, quand nous chez PTPM, à plein régime, nous tournions autour des 6 millions de mètres linéaires…”

Le cas PTPM recèle deux mensonges au moins : celui d’une direction qui promène les syndicalistes en leur racontant la fable de sa compétitivité et en refusant constamment tous les scénarios alternatifs à la fermeture pure et simple de son usine d’Aÿ, et celui du gouvernement qui se gargarise d’ “industrie”, se pique de “relocalisation” quand, en coulisses, il encourage les délocalisations des équipementiers pour répondre aux exigences des constructeurs… » Thomas Lemahieu

Article publié par humanite.fr.

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