Jean Jaurès et son salut à Danton

, par  J.G.
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"Et c’est par son initiative, c’est sous sa présidence que, le 30 juillet, la section du Théâtre-Français prit la délibération fameuse par laquelle elle abolissait la distinction aristocratique des citoyens actifs et des citoyens passifs et appelait à elle tous les citoyens. C’était en réalité une violation première de la Constitution. C’était un acte insurrectionnel. Danton et sa section signifiaient par là qu’ils voulaient, avant tout, restituer le peuple dans son droit, la Nation dans sa souveraineté, et que d’hypocrites formules constitutionnelles, faussées et comme emplies de mensonges par la mauvaise foi de la Cour, ne les arrêteraient pas. Et si, au nom du danger de la patrie, qui exigeait le concours de tous les citoyens, une loi électorale de privilège pouvait être abolie, à plus forte raison, devant le même intérêt supérieur de la liberté et de la patrie, devait tomber une monarchie de trahison.
...Il était, si je puis dire, l’admirable juriste de l’audace révolutionnaire. Il excellait à interpréter, dans le libre sens du peuple et de ses droits, la Constitution elle-même ; il en faisait jaillir l’esprit, il en suscitait ou en transformait le génie. C’est par un coup de légiste hardi, procédé d’interprétation et d’extension, qu’il s’empare de la Déclaration suprême de la Constituante, confiant au courage de tous la défense de la Constitution, pour appeler tous les Français dans la cité. Mais surtout c’est par une sublime inspiration qu’il fait du danger de la patrie un titre à tous les Français. Ce n’est pas au nom des pauvres, c’est au nom de la patrie qu’il demande pour tous les citoyens l’égalité politique. La patrie et la liberté menacées ont droit au courage de tous, à l’énergie de tous, aux lumières de tous, et c’est désarmer la patrie, c’est désarmer la liberté que de ne pas donner à tous les citoyens des droits égaux pour leur défense.
Comme on distribue des piques à tous, à tous il faut distribuer le pouvoir politique, qui est une arme aussi, la plus terrible de toutes contre les ennemis de la liberté, c’est-à-dire de la patrie. Ainsi Danton, rattachant les unes aux autres les plus hautes paroles, les plus hautes pensées de la Constituante et de la Législative, en tirait une magnifique jurisprudence révolutionnaire." Jean Jaurès

Source : Histoire socialiste de la Révolution française, éd. A. Soboul, Paris, Éditions Sociales, 1970, III.

Primidi 11 Germinal an CCXVIII

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