"Médias et baisse du niveau culturel". Par Luciano Canfora

, par  J.G.
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« Le culte de la richesse (dont relèvent également les mythes sportifs) a présidé à la naissance -et c’est peut-être là son plus grand succès - d’une société démagogique parfaite. La manipulation vulgarisatrice des masses représente la nouvelle forme de la "parole démagogique". Alors même qu’elle semble favoriser, à travers l’instrument médiatique, l’alphabétisation de masse, elle produit en réalité - et le paradoxe n’est qu’apparent - une baisse du niveau culturel ainsi qu’un relâchement de l’esprit critique. "Tout le monde sait peu de choses et l’on apprend peu" : l’avertissement de Giacomo Leopardi, dans Petites Oeuvres morales, qui pouvait paraître, à l’époque où il fut formulé, empreint de morgue aristocratique, se voit aujourd’hui pleinement confirmé.

On a désigné le fascisme comme le principal responsable de l’émergence de ce phénomène, qui est en réalité le fruit d’une évolution amorcée au siècle dernier et qui a de lointaines racines dans un modèle bonapartiste sans cesse reproposé. Le fascisme prenait à bras-le-corps et manipulait cette "foule" qu’avait connue et décrite Gustave Le Bon. Au contraire, l’actuelle "démocratie oligarchique" (ou, si l’on préfère, le système mixte, ou que sais-je encore) oriente, inspire et par conséquent dirige une foule atomisée et, en même temps, homogénéisée par l’omniprésence et la diffusion capillaire du "petit écran" ; elle nourrit, illusionne et projette vers un bonheur commercial à portée de main une myriade d’individus, inconscients du nivellement intellectuel et affectif dont ils sont victimes, satisfaits de la vérité et de l’universalité apparente des images fantastiques qu’un petit écran intarissable leur fournit quotidiennement.

Cette histoire a connu un épilogue avec la victoire, qui offre des perspectives à long terme, de ce que les Grecs appelaient la "constitution mixte" - un régime qui permet au peuple de s’exprimer, mais où seul l’avis des classes possédantes compte. Ce qui signifie, en des termes plus actuels, qu’on assiste à la victoire d’une oligarchie dynamique dont le pouvoir se fonde sur les grandes fortunes, mais qui est capable de fabriquer le consensus et de gagner une légitimité électorale en contrôlant les mécanismes électoraux. Un scénario qui ne concerne, bien entendu, que le monde euro-atlantique et les "îlots" de territoire qui lui sont reliés. Ailleurs, la planète est mise au pas, les armes à la main. »

Extrait du livre La démocratie. Histoire d’une idéologie, de Luciano Canfora, édition Le Seuil, 2006.

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