"Inaliénabilité : le combat ne fait que commencer". Par Didier Rykner

, par  J.G.
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« Depuis le 23 octobre, le Ministre de la Culture a rendu officielle la demande d’un rapport à Jacques Rigaud sur, je cite, "l’aliénation des œuvres des collections publiques". Christine Albanel y emploie l’expression : "faire respirer les collection publiques". On retrouve la rhétorique classique qui consiste à employer des termes valorisants pour en réalité recouvrir exactement l’inverse de ce que l’on dit. On cherche rarement à faire respirer quelqu’un que l’on veut tuer.

Il est donc temps de se préparer à cette bataille qu’il faudra mener sans faiblesse. Nous devrons tous devoir agir pour empêcher ce qui menace d’être l’une des plus grandes forfaitures de notre histoire culturelle, d’autant qu’elle menace non seulement les musées, mais aussi les œuvres conservées dans les bâtiments publics (églises, hôpitaux, établissements scolaires,...), parfois moins prestigieuses mais plus fragiles et tout aussi essentielles à notre patrimoine.

Il est essentiel de disposer d’arguments indiscutables et compréhensibles par tous afin de contrer ceux qui ne voient dans les collections des musées français qu’un gros tas de billets de banques dans lequel ils s’estiment en droit de piocher librement. Il ne s’agit pas de citer à nouveau le cas des peintres dits "pompiers" qui font aujourd’hui la gloire d’Orsay. Ni même les autres changements de goût qui ont pu survenir au cours des ans. Ces arguments sont déjà bien connus et utilisés. Il est question ici de trouver des œuvres telles que La Madone de Lorette de Raphaël, à Chantilly, qu’il aurait été possible de vendre parce que l’on pensait, il n’y a pas si longtemps, qu’il s’agissait d’une copie ancienne.

Rappelons, en deux mots, l’histoire de ce tableau : il était considéré comme une copie jusqu’à la fin des années 1970, lorsque Cecil Gould l’identifia sans aucun doute comme l’original que l’on pensait perdu depuis le XVIIIe siècle, grâce à des preuves documentaires indiscutables. On pouvait regarder l’œuvre avec un regard neuf et constater son évidente qualité. Elle est aujourd’hui exposée à la meilleure place dans le musée.

Nul doute que ce tableau aurait pu être vendu. L’original n’était-il pas conservé au Getty Museum ? Sauf que ce dernier tableau dut à son tour, devant l’évidence, être déclassé. Aujourd’hui, le Getty n’a pas de Raphaël et sa tentative d’acquérir La Madone aux Œillets finalement achetée par la National Gallery, a échoué. Encore un tableau, d’ailleurs, qui passait naguère pour une bonne copie.

Imaginons donc que ce Raphaël de Chantilly ait été vendu, forcément pour pas très cher, lorsque son caractère autographe n’était pas reconnu. Aujourd’hui, pour obtenir un tel tableau, il faudrait dépenser sans doute au moins 50 millions d’euros. Tous les musées qui ont vendu dans le passé l’ont un jour regretté.

Je propose donc aux lecteurs de La Tribune de l’Art de nous envoyer des exemples d’œuvres qui auraient, si une telle possibilité avait existé, pu être vendues, et dont cette aliénation serait considérée aujourd’hui comme un appauvrissement tragique de notre patrimoine . Les cas de musées à l’étranger ayant fait de grosses erreurs dans ce domaine se séparant d’œuvres majeures sont également à verser au dossier. Nous publierons cette liste au fur et à mesure qu’elle s’enrichira. »
Didier Rykner, éditorial dans La Tribune de l’Art.

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