Danton : "une éducation digne de la liberté"

, par  J.G.
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Constance-Marie Charpentier, XVIIIe siècle, Portrait de Danton , huile sur toile, musée Carnavalet, Paris.

« Citoyens, après la gloire de donner la liberté à la France, après celle de vaincre ses ennemis, il n’en est pas de plus grande que de préparer aux générations futures une éducation digne de la liberté.

Tel fut le but que Peletier [1] se proposa. Il partit de ce principe que tout ce qui est bon à la société doit être adopté par ceux qui ont pris part au contrat social [2]. Or, s’il est bon d’éclairer les hommes, notre collègue, assassiné par la tyrannie, mérita bien de l’humanité.

Mais que doit faire le législateur ? Il doit concilier ce qui convient aux principes et ce qui convient aux circonstances.

On a dit contre le plan que l’amour paternel s’oppose à son exécution. Sans doute il faut respecter la nature, même dans ses écarts ; mais si nous ne décrétons pas l’éducation impérative, nous ne devons pas priver les enfants du pauvre de l’éducation.

La plus grande objection est celle de la finance ; mais j’ai déjà dit qu’il n’y a point de dépense réelle là où est le bon emploi pour l’intérêt public, et j’ajoute ce principe que l’enfant du peuple sera élevé aux dépens du superflu des hommes à fortunes scandaleuses.

C’est à vous, républicains célèbres, que j’en appelle ! Mettez ici tout le feu de votre imagination ; mettez-y toute l’énergie de votre caractère : c’est le peuple qu’il faut doter de l’éducation nationale. Quand vous semez dans le vaste champ de la République, vous ne devez pas compter le prix de cette semence. Après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple.

Je demande qu’on pose ici la question : sera-t-il formé, aux dépens [3] de la Nation, des établissements où chaque citoyen aura la faculté d’envoyer ses enfants pour recevoir l’instruction publique ?...

Il est nécessaire que chaque homme puisse développer les moyens moraux qu’il a reçus de la nature. Vous devez avoir pour cela des maisons communes, facultatives, et ne point vous arrêter à toutes les considérations secondaires. Le riche paiera, et il ne perdra rien s’il veut profiter de l’instruction pour son fils.

Je demande que, sauf les modifications nécessaires, vous décrétiez qu’il y aura des établissements nationaux où les enfants seront instruits, nourris et logés gratuitement, et des classes où les citoyens qui voudront garder leurs enfants chez eux pourront les envoyer s’instruire. » Danton, discours à la Convention Nationale, le 13 août 1793

Source : Trésor des lettres, XVIIIe siècle , collection Pierre Bennezon, p. 478 et 479, édition Fernand Nathan, Paris, 1966. (Pierre Bennezon, ancien inspecteur général de l’Instruction Publique)

[1Le Peletier de Saint-Fargeau (1760-1793), président au Parlement de Paris, fut élu à la Convention et vota la mort du roi. Il fut assassiné par un ancien garde du corps de Louis XVI.

[2Notez l’influence de Rousseau.

[3Aux frais de.

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