« Ouvrez une école, vous fermerez une prison » Victor Hugo

, par  J.G.
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A l’issue du séminaire gouvernemental sur le budget 2008, M. Fillon a indiqué l’ouverture de 9 nouvelles prisons cette année. Il avait déclaré auparavant que le secteur de la justice "bénéficiera de 1 600 créations d’emplois pour l’ouverture de nouveaux établissements pénitentiaires afin de résorber la surpopulation carcérale". Effectivement, sous l’ère Sarkozy en tant que ministre de l’Intérieur, la population carcérale a explosé et comme le soulignait l’éditorial du Monde du 07/07/07, "la France ne cesse de battre ses propres records en matière de population carcérale (...) Le tournant répressif engagé en 2001 a conduit en cinq ans, 10 000 personnes supplémentaires derrière les barreaux". M. Sarkozy et ses acolytes n’ont pas dû beaucoup lire Victor Hugo dans leur jeunesse...

J’ai souhaité vous redonner le bel article de Bernard Ollivier, écrivain et président de l’association Seuil pour la réinsertion de jeunes en grande difficulté, publié le 9 mai 2007 dans Libération.

Titre de l’article : "Fermer les écoles, ouvrir les prisons ?"

« La peur des jeunes a dominé la campagne présidentielle de 2002. Elle revient peser sur le débat. Avec d’autant plus d’acuité que, comme le montre la fusillade de Blacksburg en Virginie, la violence des adolescents ignore les limites. Mais la prison est-elle la solution ?

Voici quelques semaines, le ministre de la Justice inaugurait une des principales nouveautés de la législature qui s’achève : un établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM). Le prochain ministre de la Justice, quel qu’il soit, aura "l’honneur" d’inaugurer d’ici à la fin de 2008 six autres EPM durant la prochaine mandature. Et s’il en a le temps, il pourra aussi présider à l’ouverture de quarante centres éducatifs fermés. La machine à réprimer continue de broyer les adolescents que la vie a marginalisés. Voici revenu, au nom de la modernité, le temps des bagnes d’enfants, arrangés au goût du jour avec une promesse "éducative". Pourtant, chaque juge, chaque éducateur sait que la seule éducation carcérale est la violence. "Ouvrez une école, vous fermerez une prison", a dit Victor Hugo. Depuis cinq ans, nous faisons exactement le contraire. Quelle en sera la conséquence ? Dans la Condition humaine, Malraux affirme que "quand les hommes sortent de prison, leur regard ne se pose plus" . Que dire du regard des enfants qui sortiront des EPM...

Une élection présidentielle indique vers quel type de société nous voulons aller. Les choix de 2002 ont été résolument orientés vers la répression. Avec aux commandes Dominique Perben assisté de Pierre Bédier, alors secrétaire d’état aux Programmes immobiliers de la justice, en d’autres termes constructeur en chef de prisons, nous sommes sans doute la seule démocratie occidentale qui ait fait le choix de spécialiser un ministre pour une cause aussi exécrable. L’équipe a parfaitement rempli sa mission. En cinq ans, la capacité d’incarcération des mineurs aura été multipliée par deux. Si Nicolas Sarkozy donne suite à ses projets la peine plancher et l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans , les policiers et les gardiens de prison ne risquent pas le chômage.

Dans le nord de l’Europe, on construit une société de l’espoir. Allons-nous nous distinguer en édifiant une société à l’américaine, dominée par la peur, le rejet des autres, la contrainte et l’illusion trompeuse, et démentie par les chiffres, que la "tolérance zéro" signifie la fin des violences ? Au contraire ; aux États-Unis, 90 personnes sont tuées par balle chaque jour. Pourtant, la répression carcérale y est plus féroce que partout ailleurs. Dans le monde, un prisonnier sur quatre est américain. S’il faut une preuve supplémentaire que la peine de prison n’est pas plus dissuasive que la peine de mort, il faut aller la chercher outre-Atlantique.

Presque tous ceux de la bande des quatre candidats les plus susceptibles d’atteindre la demi-finale ont surfé sur la peur, en particulier des jeunes. Prison ou encadrement militaire, voici la perspective qui leur est offerte. Quel avenir offrir à une société dans laquelle s’est installée la notion simpliste que tout jeune est un danger virtuel ? Pour avoir posé la question, Michèle Alliot-Marie s’est fait huer par les militants de l’UMP.

Il n’y a pas de gène de la criminalité. Aucun jeune, quelles que soient les difficultés qu’il affronte, n’est perdu pour la société. A la condition qu’on lui ouvre un avenir d’espoir. Je rêve d’une société de la main tendue. Avec les bénévoles de l’association Seuil, nous emmenons des jeunes promis à la prison marcher 2 000 kilomètres dans des pays étrangers et se reconstruire sur des chemins de liberté. L’épreuve est difficile, mais elle est prometteuse. Et surtout moins coûteuse humainement et financièrement que la déshumanisation de la cellule et les 900 euros quotidiens que coûte l’incarcération d’un gamin. Seuil n’est qu’une solution. D’autres sont à inventer.

Cette société de l’espoir n’est pas du seul ressort des candidats à l’élection présidentielle. Elle est dans la volonté collective de chacun de nous de se tourner vers l’éducation, l’égalité des chances. Avec la série d’élections qui se présentent à nous, chaque électeur tiendra dans sa main le bulletin qui permettra de vider les prisons... ou de les remplir. » Bernard Ollivier

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